Image d'entête aléatoire chez Valérie Marange

Rencontre dans le Pré : Les Prisons Aussi

23 mars 2009  |  Publié dans Le Pré  |  2 Commentaires

Débats avec : Antoine Lazarus, Christiane de Beaurepaire, Josep Raffaelli i Orra, Marie-Christine Markovicz, François Chouquet, Hélène Chatelain, Stéphane Gatti, Anne Toussaint, Bénédicte Liénard…

Rencontres dans le Pré
Lieux et non lieux de l'accueil
Proposées par Valérie Marange et Hélène Chatelain à la Maison de l'arbre
9 rue François Debergue, Métro Croix de Chavaux
Dimanche 29 mars 12h-19h

Les prisons aussi

Programme

- 12h13h30 Projection de Les prisons aussi, d'Hélène Chatelain et René Lefort, 1973- 92 min GIP.

Lectures de Michel Foucault

- 15h Projection de Tête aux murs, de Bénédicte Liénard, Super 16 mm © 1997 - 91 min.
Belgique, Films du Tournesol .

- 16h30 Projection de Anne Toussaint, Fragments d'une rencontre, montage en cours.

Lectures de Pierre Clémenti, Fernand Deligny

Débats avec, notamment Antoine Lazarus, Professeur de Santé publique, Président du GMP, Christiane de Beaurepaire, Psychiâtre, ancienne médecin-chef à Fresnes, auteur de "Non-lieu. Un psychiatre en prison" : soigner derrière les barreaux, Fayard (2009). Josep Raffaelli i Orra, psychologue clinicien, ancien intervenant- à Fresnes, Marie-Christine Markovicz, art-thérapeute à La Santé, François Chouquet, Professeur de philosophie, Responsable des étudiants empêchés (sous réserve), Des membres de l'Envolée et bien sûr Hélène Chatelain, Stéphane Gatti, Anne Toussaint, Réalisateurs, Bénédicte Liénard sous réserve..

A propos de la prison : l'intraitable

Si l'on n'oublie pas la leçon de Bentham, la prison est une expérience optique. Qui fit dire à Foucault que nos sociétés ne sont pas du spectacle, mais de la surveillance. Cette expérience visuelle, nous savons qu'elle a pris un autre tournant, avec la caméra que le cinéaste Harun Farocki nous montre au travail dans différents contextes. Celui des stages pour chômeurs, par exemple, où, maniée par un coach à la compréhension gluante, elle se fait outil de gouvernement des conduites1 . C'est que l'analogie ou contiguïté prison/usine – mise en visibilité dans le film d'Hélène Chatelain-ne fonctionne plus de la même manière . L'entreprise, ce n'est plus seulement le corps docile forgé par la discipline, c'est plutôt le visage comme organe de l 'employabilité, tout un petit cinéma normopathe, avec sa charge anxiogène . L'ai-je bien joué? Un spectateur, éducateur spécialisé plutôt sympa par ailleurs, en avait un jour rajouté : « faut dire qu'ils sont graves tout de même! »

Que le regard peut exiler, l'inhospitalité d'un regard, et même tuer, c'est ce que nous fait voir Farocki. En prison comme ailleurs, là où se trouve la limite de son orthopédie. Mais c'est aussi vrai d'un certain langage, évidemment, celui de l'expertise et de la correction éducative, en particulier. L'histoire de la prison comme liée à celle des sciences humaines. Dans le film de Bénédicte Lienard, Têtes aux murs, les éducs sont dégoulinants de bonne volonté, ne cessent d'expliquer et d'exiger explications. L'extorsion de consentement, d'adhésion du jeune délinquant à un programme (là aussi l'injonction au travail), ne tient pourtant que sur la menace de la taule, toujours pendante, la rétention éducative étant censée ne pas en être, de la punition. Et si chez Farocki, on crevait des jeux de regards . là on ne sait plus comment se protéger des mots (comme s'il en pleuvait) . Ça colle aux murs. Et on la sent bien, en face, l'esquive, le H sert à ça entre autres, à esquiver la correction éducative, l'ennui des murs, aussi. Ça réfracte, comme dirait Deligny, y a de l'intraitable, qui crève aussi l'écran.

On me dira que du non-voir, non-dire, y'en a plus qu'il n'en faut dans ces lieux-là, justement, ces non-lieux-là qui, surtout s'agissant des longues peines, deviennent des oubliettes, dont certains ont réclamé, récemment, qu'on les sorte par la peine de mort.... Ça n'empêche pas le Sénat de relancer l'u-topie cellulaire, qui marche pour quelques uns : l'absence du monde m'a obligé à en construire un autre, mon monde propre, celui des mots, dit Stiegler. Mais l'emmurement -dans le cas de Stiegler pas total puisqu'il accède dans la prison à un cadre universitaire qui serait semble-t-il désormais exclu- mène plus souvent au délire ou au désespoir . Ce qui est sur, c'est que toute inquisition qui se respecte est toujours prête à repasser par le corps, l'emprise, ne serait-ce que sur le mode « privatif », l'isolement. Et que le réfractaire finira par se taper la tête contre les murs. Ou celle de quelqu'un d'autre. Certains parlent aujourd'hui d'ouvrir les cages. Ça pourrait être une bonne idée, à condition d'en mesurer la portée. Pas si simple de sortir de la culture de la punition, dans son feuilletage de sens : empêchement de nuire, paiement de sa dette ou réparation du préjudice, correction de la conduite c'est à dire acquisition de la capacité à tenir une promesse. Et si ça réfracte? Que faire de l'intraitable?

Ouvrir les cages, ce que certains tentent y compris derrière des murs, c'est ouvrir d'autres régimes de signes à ce qui résiste à l'orthopédie de l'œil comme du mot.Voir les yeux fermés, dit Anne Toussaint qui fut institutrice des sourds avant de travailler comme cinéaste en prison. L'intraitable, invivable, insupportable, par définition pose des problèmes de co-existence, impose la question de la vie quotidienne. Du coutumier , du faire, qui rend du « nous » possible, ce qui est bien, après tout, la question : pas tant celle du sujet, que celle de la communauté, de la co-présence. Même en prison, quelquefois s'ouvre ce possible. La possibilité d'un lieu où quelque chose se passe.

Dans ce sens, une autre programmation court en dessous de celle que nous vous proposerons le 29 mars. Celle qui aurait suivi Victor, Renaud, des lignes d'erre des Cevennes à la prison des Baumettes, mais dans tous les cas, « de jour comme de nuit ».

La réflexion ouverte ce mois de mars se poursuivra en mai et juin avec deux journées consacrées aux lieux de l'accueil, notamment dans le domaine psychiatrique, en ville et en campagne.

Valérie Marange

mars 2009

L'exposition est ouverte du lundi au vendredi de 14h00 à 18h00
Le samedi et le dimanche sur rendez-vous téléphonique au 01 48 70 00 76

http://www.armand-gatti.org

http://www.la-parole-errante.org

La Parole errante est subventionnée par :

- Le Ministère de la Culture (DRAC Île-de-France)
- Le Conseil régional de l'Île-de-France
- Le Conseil général de la Seine-Saint-Denis
- La ville de Montreuil

  1. Harun Farocki, Die Bewerbung, (Apprendre à se vendre), 1997, Beta SP & Vidéo, Couleur, Allemagne, VOSTF, 58’ []
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A Propos Valérie Marange

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