Image d'entête aléatoire chez Valérie Marange

Le risque, nouvelle morale pour l’homo oeconomicus précarisé

1 janvier 2000  |  Publié dans Presse & revues

Article

Curieuse époque. Tandis que fleurissent partout les dispositifs de sécurité et de contrôle, une nouvelle catégorie tente de s’imposer comme réconciliatrice de l’économie et de la moralité : le risque. Celui--ci, nous expliquent les penseurs du MEDEF issus notamment du secteur de l’assurance, doit permettre de sortir de la « démoralisation » engendrée par l’Etat providence et ses retombées actuelles telles que le principe de précaution. De la « déresponsabilisation » issue de la mutualisation des risques vitaux ; vieillesse, maladie, chômage. L’individu, « plus petite société d’assurance », doit prendre en charge lui-même les « risques de l’existence » Le consommateur, dit Seillière, doit cesser de reporter sur « d’autres que lui les risques de la consommation » . La société ne se répartit pas entre riches et pauvres mais selon une « division morale, de modes de vie, de style », celle qui oppose les « riscophiles aux riscophobes ». Les premiers sont l’avenir, les seconds des assistés démoralisés et démoralisants, sont condamnés à disparaître.Ainsi, par exemple , des intermittents du spectacle . Un « remonitoring du comportement » est préconisé dans leur cas comme dans d’autres.

Ainsi le philosophe et juriste François Ewald, communicant officiel de la Fédération des société d’assurance depuis des années, invoque-ir Jean Paul Sartre et Michel Foucault. Ce nouveau prêt à penser s’appuie sur une critique libertaire des institutions, pour justifier le tournant en réalité très normatif et autoritaire du néo-libéralisme contemporain, qui rend chacun responsable de sa position sociale et vitale, de ses handicaps médicaux et sociaux, en dehors de toute pensée d’un espace ou bien commun. Ce tournant a notamment pour nom le « workfare  - par oposition au Welfare- qui met en avant la responsabilité des pauvres sans salaire dans leur mal-etre, et en dédouanne toute instance collective.

La moralité du risque trouve son point limite dans la précarisation croissance des conditions d’existence. De la capacité à l’« assurer » individuellement dépendra le droit de chacun à persévérer dans l’être. A subsister, autrement dit. Elle se révèle ainsi pour ce qu’elle est : une morale de l’hyper-concurrence faisant l’impasse sur la globalité des risques vitaux. A ce titre, elle suscite à la fois une « riscophobie » sécuritaire qui est une « ressource » pour l’économie de l’assurance, au seuil de profitabilité de la peur ; et une « riscophilie » kamikaze,réponse logique à la dévalorisation morale de la pauvreté, qui est pourtant la condition économique la plus fréquente aujourd’hui même, sur cette planète.

Comment, à cet engrenage meurtrier du risque, opposer une dignité du précaire,une autovalorisation des corps et des sujets surexposés à la mortalité par le régime néo-libéral de l’existence ?

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A Propos Valérie Marange

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