La Commode Nomade
1 décembre 2003 | Publié dans Le Lieu de l'Autre
La commode nomade
Si le banc public est une espe?ce en voie de disparition,la commode nomade est un re?ve d'enfant:cachette-e?vasion,bercail volant. Sce?ne de proximité, espace d’intimite? accessible a? tous,la commode nomade exprime l’utopie d’un espace interme?diaire,entre l’exhibition et le chuchotement.De cette tension,chaque intervenant tire des liberte?s diffe?rentes,entre roulotte de voyante, appartement volant, nef chantante ou radeau de philosophie.
Pre?sentation ge?ne?rale
Courant 2004, l’ancienne distillerie d’Anis Gras va re?ouvrir pour devenir un espace de cre?ation et
d’hospitalite?, sous l’impulsion de l’association E?carts. Son ambition est de contribuer, parmi d’autres, a? la re?invention de l’espace public et du partage de ces biens communs que constituent les productions artistiques, mais aussi les arts du quotidien. De la cuisine a? l’atelier, de l’espace de la parole a? celui du silence, cette expe?rimentation prendra corps et sens dans un lieu. Ici, se croiseront des gestes coutumiers et des lignes de nomades, le refuge du chez-soi et les flux du dehors.
En attendant, l’ide?e nous est venue de nous doter d’un morceau de terre mobile, vaisseau ou cheval de Troie, aire de jeu a? roulettes qui serait en me?me temps premier objet collectif (coffret a? tre?sors, machine musicale et sce?nique, boite a? outils bizarres...). Ce premier espace mobile recevrait l’hospitalite? d’un quartier avant de la pratiquer dans sa structure pre?caire, a? la manie?re des forains ou des gens du voyage. Sa construction serait l’occasion de lancer l’atelier (de de?cors, de meubles, de petites architectures mobiles) que nous pre?voyons de mettre en place a? Anis Gras.
En me?me temps, ce «truc» cre?erait l’occasion de s’interroger sur l’espace public, comment on s’y sent chez soi ou pas, avec les habitants et les passants. Comment s’approprie-t-on les lieux les plus anonymes, comment se compose derrie?re le calque de l’urbanisme officiel une cartographie sensible, parfois de?rangeante, toujours mouvante et fragile? Boi?te de diffusion et de re?ception d’univers, il proposerait et engrangerait les re?ves, sensations et visions que chacun de?veloppe sur son espace-temps pour le re?inventer, ses «trucs» ou ruses de vie.
Une tre?s grosse commode est pose?e dans l’espace public.
On s’y glisse, comme Alice ayant re?tre?ci, par la serrure, un tiroir ou un trou de souris.
Si le banc public est une espe?ce en voie de rare?faction–inhospitalite? oblige– la commode publique n’a jamais vu le jour. La commode nomade est un re?ve d’enfant : cachette-e?vasion, bercail volant. C’est aussi un re?ve de secrets partageables, d’intime utopie. Sans fonctionnalite? assignable, elle sonne comme une farce et invite a? un art de l’occasion : quels usages inventer pour un tel «mobilier urbain»?
Meuble a? tiroirs, elle accueille des contenus he?te?roclites, me?lange des singularite?s : plasticiens, chore?graphes, conteurs, philosophes, musiciens... composent quotidiennement cet habitacle, y apportent et y collectent des univers. Machine baroque, elle refle?te en son inte?rieur la multiplicite? des mondes.
Avec cet abri, s’installe aussi sur la place publique une dro?le de sce?ne, pour l’instant ferme?e ou presque (hiver oblige), plus tard ouvrable aux quatre vents comme une «folie» ou un «kiosque». Dans cet espace pour l’instant clos, artistes et publics devront se co?toyer dans 9m2.
Cette contrainte sugge?re des formes de rencontres particulie?res, ou? la distance du the?a?tre comme de l’assemble?e s’abolit. Passer la porte, c’est entrer dans les secrets du laboratoire ou du grenier. Ou dans l’intimite? force?e d’un me?tro aux heures de pointe.
Sce?ne de proximite?, chambre ouverte, espace d’intimite? accessible a? tous, la commode nomade tentera d’exprimer l’utopie d’un espace interme?diaire, qui ne serait ni celui de l’exhibition, ni celui du chuchotement. Ou les deux a? la fois. De cette tension, chaque intervenant-e tire des liberte?s diffe?rentes, entre roulotte de voyante, appartement volant, nef chantante ou radeau de philosophie : le premier objet est la composition d’un espace de conversation, d’e?change «pour rien». Espace vide de fonction qui appelle l’art des pie?tons et des causeurs, les tours et tournures qui rendent habitables les lieux communs.
En me?me temps, la commode devient machine sensible, enregistreuse et diffuseuse, ou? s’offre et se poursuit une recherche en cours pour un espace a? venir.
La construction de la commode a fait l’objet d’un atelier d’insertion associant les concepteurs, la production, deux constructeurs professionnels, les artistes et des salarie?s en formation.
Imprimer
