Image d'entête aléatoire chez Valérie Marange

Amnesty au cœur du débat éthique

18 juillet 2008  |  Publié dans Droits de l'Homme

Amnesty International

Jour de permanence ordinaire . Dans le bureau de la commission médicale, à Paris, jour de permanence ordinaire. Claudine est occupée à la traduction d'un appel médical urgent, pour un prisonnier souffrant, qui sera envoyé aux X "relais médicaux" de la section française, aux organisations médicales et para-médicales, à un réseau de sympathisants. Objectif : des centaines de lettres de médecins tomberont sur le bureau du directeur de la prison, pour réclamer des soins corrects pour ce prisonnier. Itala met la dernière main à une pétition pour la libération du docteur Marzouki, médecin tunisien emprisonné pour son action en faveur des droits de l'homme. On dresse une liste des personnalités à contacter. Le téléphone sonne : un membre de la commission médicale d'Act up demande des informations sur les interventions d'Amnesty International. en faveur des réfugiés séropositifs. Il sera dirigé vers Elizabeth, qui coordonne avec Christiane la recherche dans ce domaine. Bernard prépare son intervention à une conférence de presse de l'Observatoire international des prisons sur différents cas de personnes mortes dans les prisons françaises. Une discussion s'engage sur la diffusion du nouveau documentaire de la commission, intitulé "l'impossible neutralité"....

Servir ou subir la répression
L'action humanitaire des "french doctors", bien connue du public, met en avant le "devoir d'ingérence". C'est aussi le credo du travail médical d'Amnesty, celui d'un engagement médical pour les droits de l'homme, sur le terrain de la privation des droits civils et politiques. Au départ de cet engagement, il y a le mauvais état de santé de bon nombre des prisonniers suivis par Amnesty, qui requiert des interventions ou des missions spécialisées. Mais il y a aussi, et c'est là que le travail médical d'Amnesty est très spécifique, la compromission d'une partie du corps médical dans des violations des droits de l'homme, comme auxiliaire des pouvoirs, pour couvrir des bavures ou aseptiser de mauvais traitements.Servir ou subir la répression est le dilemme où se trouvent bien des médecins dans le monde Il y a, à l'inverse, les situations difficiles où se mettent ceux qui résistent à leur utilisation par les pouvoirs... Servir ou subir la répression est le dilemme où se trouvent bien des médecins dans le monde, et le rôle d'Amnesty est d'aider les soignants à y voir clair dans ces situations, et de les soutenir quand ils sont à leur tour en danger.

Un message troublant
Autrement dit, si l'action médicale humanitaire s'appuie avant tout sur la générosité de soignants de nos pays pour aller porter secours à des populations en grande fragilité sanitaire, le travail médical d'Amnesty, tout en soutenant le courage des médecins "résistants" dans le monde entier, délivre aussi un message plus troublant. Il y a aussi des "médecins tortionnaires", ou des médecins ordinaires qui insensiblement, croyant bien faire, contribuent à l'acceptabilité les violations des droits de l'homme. L'éthique médicale est prise dans une "zone grise" selon les mots de Primo Levi, qui exige un sursaut de responsabilité et de lucidité.
(Est-ce parce-qu'ils sont plus savants, ou plus "éthiques" que d'autres, que les médecins ont aujourd'hui un rôle central dans la protection des droits de l'homme ? L'expérience d'Amnesty donne de cette question un éclairage un peu différent. D'un coté, il est évident que parmi les personnes qui interviennent dans un contexte de répression, policiers, gardiens de prisons, magistrats, etc, les médecins, sans cesse sollicités, sont certainement la profession qui a le plus de repères éthiques, le serment d'Hippocrate impliquant de faire passer toujours les intérêts du malade avant toute autre considération. Pourtant, dans la pratique, les médecins sont souvent pris dans des logiques institutionnelles qui les mènent insensiblement à une toute autre attitude. Professions "pastorales" par excellence, habituées à trancher dans le vif, à sonder "objectivement" les corps et les âmes, et surtout à juger pour les autres, les "patients", de ce qui est bon pour eux, pour la santé publique voire même pour celle de l'espèce, les médecins et professionnels de la santé ont plus d'une fois, dans ce siècle, abusé de ce formidable "savoir-pouvoir" qui est entre leurs mains, au détriment des droits humains. Les survivants se rappellent encore de l'image, sur le quai d'arrivée à Auschwitz, des médecins qui triaient là, tout de suite, les "aptes" et les "inaptes", envoyant les uns au travail et les autres à la mort, au nom d'une idéologie néo-darwinienne. En Allemagne, mais aussi dans la France occupée ou encore dans l'Amérique libératrice… des milliers de malades mentaux eurent à souffrir à des degrés divers de la persécution ou de l'abandon, de la perte des droits civils entrainant celle du droit à procréer ou même à vivre… Depuis plusieurs siècles, et de manière toujours plus précise, médecins et psychologues ont coopéré à la modernisation des méthodes punitives, et plus une séance de torture n'est possible, plus une exécution capitale ou un châtiment corporel, sans la présence rassurante d'une blouse blanche apportant hygiène et caution morale... De la torture "blanche" à la psychiatrie punitive, les savoirs médicaux peuvent servir à détruire, à "humaniser" les peines les plus cruelles. De manière plus banale encore, le discours médical, classifiant les individus selon leur état de santé et leurs comportements, justifie souvent la mise à l'index, la réduction à une sous-citoyenneté, de ceux qui ne satisfont pas à une norme médico-sociale toujours plus présente.

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A Propos Valérie Marange

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