Image d'entête aléatoire chez Valérie Marange

Résister, c’est penser

1 janvier 2007  |  Publié dans Non classé

Éditorial du programme d'Anis GRAS - Le lieu de l'autre de janvier à février 2007

Rarement tant qu’en cette pe?riode ou? fleurissent les « mots d’ordre», nous ne ressentons cette crise du sensible qui nous conduisit, Catherine Leconte et moi-me?me, a? proposer a? la Ville d’Arcueil un projet intitule? « le lieu de l’autre» pour la friche d’anis GRAS. Crise de la sensibilite? collective et prive?e, qui met la barbarie, le discre?dit du langage et de l’expe?rience elle-me?me, au cœur des subjectivite?s contemporaines. « Le fait moderne, dit Gilles Deleuze dans L’image-temps, c’est que nous ne croyons plus en ce monde. Nous ne croyons me?me pas aux e?ve?nements qui nous arrivent, l’amour, la mort, comme s’ils ne nous concernaient qu’a? moitie?. Ce n’est pas nous qui faisons du cine?ma, c’est le monde qui nous apparai?t  comme un mauvais film». Le fait moderne, c’est le re?gime des belles images et bonnes paroles auxquelles plus personne ne croit, mais « on ne nous demande pas de croire, on nous demande de nous comporter comme si nous croyions». D’e?tre « motive?s », « re?actifs » et « interactifs », « cre?atifs », « flexibles», « se?parables». Mais surtout pas cho?meurs, ni malades, ni vieux, ni jeunes, ni enfants, ni fous, ni mortels... Le discre?dit des mots est aussi celui de la condition humaine. Comment re?sister a? cette usure des re?cits et des images, qui nous atteint intimement ?

« Nous redonner croyance au monde, tel est le pouvoir du cine?ma moderne, quand il cesse d’e?tre mauvais», dit encore Gilles Deleuze. Un autre usage des mots et des images est possible, qui est re?sistance. Me?me si l’œuvre d’art n’a pas a? remplacer les luttes humaines, elle est re?sistance. Pas communication. Pas mot d’ordre. Re?sistance intime aux cliche?s, aux pre?ts a? penser et surtout a? ne pas penser, inventions de nouvelles langues pour faire pie?ce a? la « novlangue» de l’entreprise. L’acte de montrer et celui de voir, la tentative d’e?crire ou d’entendre, sont des actes et des tentatives politiques. Mais surtout, ils sont autant de chocs sensibles qui veulent nous forcer a? penser. « Je n’e?cris pas pour e?crire, dit Nijinski, j’e?cris pour penser». Re?sister, c’est penser.

Telle sera notre tension dans ce printemps 2007, qui voit pousser dans la cour d’anis GRAS un « pre?», un laboratoire du sensible ou? se rencontrent les e?critures, que nous proposons aux habitants du Val de Bie?vre de partager dans des ateliers.

En cette fin de saison et en attendant des travaux qui s’engageront en septembre pour au moins 14 mois, anis GRAS le lieu de l’autre ouvre aussi ses espaces et sa cour a? la vitalite? territoriale, avec « Une Ville se Raconte» de Cachan, les ateliers d’art graphique d’Arcueil, les ateliers de the?a?tre du Bahut, une cre?ation du « The?a?tre en rond» de Fresnes... Autant de lieux et de compagnies, d’artistes, qui tentent de re?pondre localement a? la crise globale de la culture. Expriment la re?sistance d’une socie?te? qui n’a pas tant envie de consommer des objets culturels, que d’entrer dans leur fabrique et d’en inventer de nouvelles valeurs d’usage, de se saisir a? son tour de la came?ra ou de la plume, de diffuser l’attention esthe?tique dans la re?invention du quotidien.

Dans cette double exigence, celle de la pense?e et celle de l’hospitalite? (par ailleurs au cœur de l’exposition du Fonds re?gional d’art contemporain que nous recevons), continue de se construire « le lieu de l’autre», a? la fois territoire d’existence et univers de valeurs re?sistantes a? l’air du temps.

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A Propos Valérie Marange

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