Image d'entête aléatoire chez Valérie Marange

Lieux d’inventions

22 septembre 2006  |  Publié dans Non classé

Mouvement n°41 du 25/09/2006, Brève / Notice

Les « rencontres dans le pré », fin septembre au Lieu de l'autre, à Arcueil, sont l'occasion de mettre sur l'accent sur de nouvelles initiatives qui conjuguent « démocratie culturelle » et « expérimentation sensible ».

On y fabriquait jadis de l'anisette. Aujourd'hui, on tente d'y allier « les exigences de la démocratie culturelle et celles de l'expérimentation sensible ». Depuis un an et demi, l'ancienne distillerie de l'Anis Gras, à Arcueil, est devenue « le Lieu de l'autre » confié à l'association Ecarts à l'issue d'un appel à candidatures. Le projet rédigé par Catherine Leconte (ancienne coordinatrice générale des Laboratoires d'Aubervilliers) et Valérie Marange (philosophe, ancienne co-rédactrice de chef de la revue Chimères) indiquait qu'il s'agissait de « mettre en son centre la création artistique et la recherche esthétique, mais en posant d'emblée son lien profond avec l'ensemble de l'activité humaine : les techniques, les manières de vivre, l'action de terrain, comportent toutes un "coefficient d'art" (Duchamp), de sensibilité et d'invention, dont l'art, comme domaine séparé, n'est qu'un laboratoire particulièrement élaboré ».

Un an et demi après son ouverture, avec un budget qui « reste minimaliste », le Lieu de l'autre a pris ses marques : résidences de création, scènes ouvertes, mais aussi bar-cantine, atelier de construction, café des enfants et cafés ciné-philosophiques dessinent « une forme d'écologie culturelle, sans complaisance pour les tentations populistes et les retours élitistes qui menacent aujourd'hui les territoires de l'art ». Plusieurs chantiers de réflexion se sont « mis en mouvement », ébauchant un laboratoire interdisciplinaire qui pilotera la constitution de fonds documentaires, l'organisation de rencontres, de dispositifs pédagogiques, et la production de tentatives artistiques. « Nous voulons nous situer en amont de la production, indiquent Catherine Leconte et Valérie Marange, non pas dans la posture d'une avant-garde, mais plutôt dans la zone du pré, pré-discursif, pré-représentatif », pour reprendre des mots de Jean Oury. « Le pré, c'est aussi un arrière-pays à partir duquel penser l'espace urbain et institutionnel qui nous environne. » Du 28 septembre au 1er octobre, les premières « rencontres dans le pré » offriront, entre installations, projections et spectacles (un film d'Olivier Derousseau, une création de VéroNique Petit et la compagnie TGV, un concert de la Langue écarlate autour de textes de Kathy Acker, etc.), des temps de rencontres /débats pour mettre en partage « la question des territoires dont dispose aujourd'hui l'humanité pour se réinventer » loin des « subjectivités malmenées par l'hyper-concurrence », et de la « dictature de la communication ».

Tous ces sujets ont trouvé une acuité particulière dans des lieux qualifiés « d'intermédiaires » par Fabrice Lextrait, auteur en 2001 d'un rapport commandé par le communiste Michel Duffour, alors secrétaire d'état au Patrimoine et à la Décentralisation. Aujourd'hui, même si l'élan ministériel en faveur de ces espaces a été stoppé, les initiatives se poursuivent, et de nouvelles voient le jour. En région lyonnaise, Ramdam, qui a ouvert ses portes à fin 1997, cherche à cultiver « une grande parcelle de possibles ouverts pour donner actes à l'idée de lieu de fabrique et d'échange pour artistes », au rythme des « Zones d'accueil curieux », des « Quoi de neuf ! », « Tohu-bohus » et autres « week-end interrupteurs ». Ici, on ne parle pas de « résidences d'artistes » mais de « demeures », dont le choix s'opère « selon le frottement d'approches sensitives et réflexives, au risque d'affirmer de nouveau que l'art est une puissance poétique d'agir ». Une trentaine d'équipes ont été accueillies à ce jour. Parmi les « demeures » prévues cet automne : une recherche filmique et chorégraphique de Pierre Treille, l'ébauche d'une création circassienne de Pierre Treille et un atelier de recherche théâtrale à partir de Locus Solus, de Raymond Roussel.

Jean-Marc ADOLPHE

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A Propos Valérie Marange

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