Sur le plateau, des chaises, ou plutôt, des rangées de chaises. Une église, peut-être, une école, une salle de spectacle. Bien rangées, mais dépareillées, déja blessées par les mauvais traitements précédents, que masque mal l’ordonnancement, l’alignement, presque parfait des rangées. Des chaises et des rangs que nous verrons prochainement dérangés, entassés, éclatés comme après une fin du monde quelconque, puis remis en ordre, inlassablement, par des acteurs-déménageurs-aménageurs infatigables. Dans ces rangs, s’installent ou tentent de s’installer ces acteurs, n’y arrivent pas. Peuple de déplacés, de sans places, hallucinés. En blouse kaki, les corps et les yeux suent l’angoisse du qui cherche à se placer, cherchent dans les yeux des autres et nos propres yeux une assurance introuvable dehors comme dedans… Ca va ici ? Non, plutôt là? Devant toi, à coté de toi, je dérange, tu déranges. Elle dérange, la petite folle qui commence à prendre la chaise comme objet d’amour, tente une caresse… belle chaise, douce chaise, chaise chérie m’appartiendras-tu? Une pâmoison de couvent s’esquisse, s’étire au-… Suite
Nous sommes ici pour parler de la violence. Nous sommes ici pour parler du lien intime, lien amoureux, lien familial, lien intergénérationnel. Nous sommes ici pour parler de ce qui, dans la violence et l’intime, dans la violence du lien peut-être, concerne en même temps l’espace public.
{column1}Ce vaste programme, nous pourrions l’aborder par quelques questions actuelles. D’abord, qu’en est-il de la nouvelle attractivité du lien familial, de celle de l’enfant, et simultanément de sa mise en crise, puisqu’on ne parle plus partout que de désaffiliation, de désordre dans les familles, d’inceste et de pédophilie ? Qu’en est-il de la figure montante de la victime et simultanément de celle du criminel, qui semble aller bien au-delà de la prise en compte d’un certain nombre de faits extrêmes, encourageant une pénalisation mais aussi un ensemble de mesures préventives, une attention nouvelle à des populations en danger, la surveillance de coupables potentiels ? Qu’est-ce qu’il en est du consensus qui s’est progressivement dessiné, notamment dans les milieux des professions « pastorales » (médecins, éducateurs… Suite
Jour de permanence ordinaire. Dans le bureau de la commission médicale, à Paris, jour de permanence ordinaire. Claudine est occupée à la traduction d’un appel médical urgent, pour un prisonnier souffrant, qui sera envoyé aux X “relais médicaux” de la section française, aux organisations médicales et para-médicales, à un réseau de sympathisants. Objectif : des centaines de lettres de médecins tomberont sur le bureau du directeur de la prison, pour réclamer des soins corrects pour ce prisonnier. Itala met la dernière main à une pétition pour la libération du docteur Marzouki, médecin tunisien emprisonné pour son action en faveur des droits de l’homme. On dresse une liste des personnalités à contacter. Le téléphone sonne : un membre de la commission médicale d’Act up demande des informations sur les interventions d’Amnesty International. en faveur des réfugiés séropositifs. Il sera dirigé vers Elizabeth, qui coordonne avec Christiane la recherche dans ce domaine. Bernard prépare son intervention à une conférence de presse de l’Observatoire international des prisons sur différents cas de personnes mortes dans les prisons françaises. Une … Suite
Façonnée par des années de guerre froide, l’organisation mondiale de défense des droits de l’homme a sû corriger ses objectifs et ses stratégies depuis la chute du rideau de fer, et renouer avec l’initiative citoyenne.
Certains avaient fini par considérer Amnesty comme une institution, une sorte d’Onu bis. Une mission très précise et très personnalisée, une organisation très centralisée et très indépendante, une action très maitrisée et équilibrée ont permis à Amnesty de devenir une autorité morale dans un monde divisé en deux blocs, face auxquels il fallait savoir garder ses distances. Pas question à l’époque de parler de son propre pays, et dans les colonnes de la Chronique, on se livrait à un calcul minutieux des pages consacrées à l’Est et à l’Ouest… Mais cette donne a complètement changé en dix ans, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est la chute de régimes totalitaires, apartidaires ou dictatoriaux, chute à laquelle Amnesty est heureuse d’avoir contribué en soutenant les dissidences de tous cotés. Le pire, ce sont de nouvelles méthodes de répression moins saisissables, une guerre”ch… Suite
Article pour Amnesty International
Mieux vaut être libre et en bonne santé que prisonnier et malade, et mieux vaut être spécialiste dans les beaux quartiers que médecin dans un pénitencier … Ces truismes, on l’admettra, ne sauraient guider l’éthique médicale. C’est souvent la générosité qui amène les intervenants médicaux “en prison”. Mais c’est là que comme nulle part ailleurs, leur éthique est mise en danger : parce que la prison n’est pas précisément une cure de santé, on s’en doute; parce que la médecine pénitentiaire est pauvre; parce qu’enfin la violence individuelle et institutionnelle est partout présente dans l’univers carcéral, et le médecin souvent contraint de la gérer. Dans les situations extrêmes comme dans des situations plus banales, rien ne permet donc de contourner ces quelques questions, parmi, d’autres :
- Doit-on, peut-on soigner comme les autres ceux que la justice a puni par une peine de privation de liberté, qui est aussi, du même coup, une perte de l’intégrité et de l’autonomie corporelle ? Le médecin peut-il, doit-il, considérer comme un patient ordinaire, protégé par le secret médical, en droit… Suite